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Zamba vs Chacarera

Ceux qui viennent régulièrement à Buenos Aires ont sans doute remarqué un « essor » de la Zamba dans les milongas. 

Quand on connaît l’esprit traditionaliste des Argentins, on peut s’étonner de cela. La raison en est en fait tout simple, j’en parlerai, quelque part dans cet article (ami lecteur, quel suspens !).

La Zamba, une danse provinciale

Tout d’abord, la Zamba, comme la Chacarera n’est pas une danse typique de Buenos Aires. C’est absolument logique, car c’est une danse de la campagne comme en témoignent de nombreux thèmes de chansons.

Cependant, il existe une vivante communauté de danseurs à la Capitale fédérale. Dans des penas, on peut trouver plusieurs centaines de danseurs qui enchaînent les danses selon la fantaisie des orchestres. C’est d’ailleurs assez amusant (stressant) en cours de danse de devoir passer du gato à la chacarera ou tout autre rythme.

Pourtant, les danseurs y arrivent parfaitement et m’alertent du changement, pour moi quasi (voire totalement) imperceptible.

La tenue est décontractée, on danse en sandale, tennis, avec des habits du quotidien. La nourriture est consommée en famille et entre amis, rien à voir avec l’ordre immuable des milongas traditionnelles. C’est un peu une ambiance de fête foraine, mais où les manèges sont remplacés par la danse et les orchestres. En gros, il ne reste que les stands de nourriture.

Pena à Los Vaqueros (Nord de Jujuy)

Pena à Los Vaqueros (Nord de Jujuy)

Hors de Buenos Aires, c’est un peu plus chic. On est à la campagne, alors on s’endimanche pour aller à la pena.

C’est vraiment là que l’on vit ce type de danse, même si à Buenos Aires, il y a de l’énergie dans le domaine.

Je ferai un peu la distinction, bals traditionnels, ceux pratiqués par les gens d’un village comme fête de village et les bals folkloriques où on danse sur des danses apprises, voire des danses d’autres provinces, avec souvent un cours pour apprendre des nouveautés au début de la soirée.

Dans les milongas huppées de la Capitale Fédérale, on danse aussi le folklore, mais comme on y danse le rock, le tropical, voire le paso-doble (façon marche). Les danseurs sont alors dans leur tenue de tangueros et cela donne donc un tout autre look à l’événement, plus organisé, bien en ligne. Donc, trois ambiances. Pour comparer à la France, bal musette pour la fête votive du village, bal « trad » et bal du préfet…

Le folklore dans les bals de Buenos Aires

Il est rare de ne pas avoir de tanda de folklore dans les bals de Buenos Aires. Normalement, c’est deux chacareras avec parfois une zamba pour terminer, mais pas toujours.

De nos jours, on voit de plus en plus de milongas avec deux zambas mais sans chacarera.

Certains observateurs étrangers ont donc pensé que c’était un effet de mode et que la chacarera a été mise au placard au profit d’une nouvelle danse. Ce n’est pas cela (cf l’esprit de tradition du portègne évoqué dans l’introduction).

Une histoire au ras-du-sol

Bon, je vous ai assez tenu en haleine, je vais vous donner la véritable raison pour laquelle dans certaines milongas on danse la Zamba et plus la chacarera…

RRRRRRRRRRRrrrrrrrrrrrrrrrRRRRRRRRRR (c’est un roulement de tambour).

C’est juste une histoire de plancher.

Par exemple, à Gricel, il y a des dépendances sous la piste de bal et lorsque l’on tape du pied sur le plancher, cela fait tomber toutes les poussières, sans compter le passage de la commission de sécurité (cela existe même en Argentine maintenant, même si c’est loin d’être flagrant) qui a par exemple interdit l’utilisation de la belle loge DJ située au dessus de l’entrée et qui permettait d’avoir une vision globale de la piste, tout en étant caché (oui, ici, les DJs étaient souvent cachés, même si maintenant les rideaux tombent). 
À Obelisco, ils ont été obligé de fermer la milonga un mois pour refaire le plancher. Ils ne souhaitent pas que cela se renouvelle, alors, tapage du pied interdit, donc chacarera, dehors. Quand on voit l’état du plancher refait, on se dit que cela ne va pas tarder à ce qu’ils interdisent de danser dessus…

Le bilan de cette histoire ?

Il y a maintenant un cours de Zamba avant beaucoup de milongas et les danseurs apportent un pañuelito. J’ai toujours le mien avec moi car danser le folklore et le tropical est un excellent moyen de s’intégrer dans une milonga.

Cette mode argentine arrive en France, au fur-et-à-mesure que débarquent les danseurs revenant de Buenos Aires.

Cela fait 12 ans que je propose (pas impose) des chacareras dans les bals que j’anime, cette année, à Toulouse, j’ai passé mes premières zambas. Il faut dire qu’avant les danseurs les dansaient en tango…

Donc, peut être pour les mêmes raisons (respect des planchers) ou par mimétisme, la Zamba, cette merveilleuse danse a peut-être un avenir en Europe.

À suivre…


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