La course au vinyle, engouement justifié, ou pas ?

La course au vinyle, engouement justifié, ou pas ?

De plus en plus souvent, on voit des DJs se tourner vers la diffusion de disques vinyle.  Quel est l’intérêt de cet engouement ? Le son est-il réellement meilleur ?

Un peu d’histoire

Enregistrement par Frances_Densmore d'un chef Blackfoot indien des montagnes, le 2 septembre 1916.

Enregistrement par Frances Densmore d’un chef Blackfoot indien des montagnes, le 2 septembre 1916.

Les premiers enregistrements étaient sur des cylindres ou des disques revêtus d’une couche de cire qui était gravée par un burin. Plus le son était fort et plus le burin gravait un sillon large. Par de simples procédés de moulage, on pouvait produire des supports reproduisant les déplacements du burin graveur.

La lecture s’effectuait à partir d’une aiguille parcourant le sillon et envoyant de façon purement mécanique le son au pavillon.

Ce système purement analogique serait aux yeux des puristes le plus exact dans la mesure où il reproduirait exactement l’onde sonore originale.

Bien sûr, cela est totalement faux, tout d’abord car le procédé de gravure ne produit pas un sillon parfait et la restitution ne peut suivre parfaitement le sillon original.


Don Juan (Mozos guapos) – Alfredo Eusebio Gobbi – Enregistrement depuis un disque acoustique de 1911.

Comme on peut en juger sur l’extrait sonore ci-dessus, on est très loin de la haute fidélité…

Il fallait de plus placer les musiciens en face du pavillon d’enregistrement et la façon de jouer devait être adaptée à l’enregistrement, avec un minimum de subtilités…

Orchestre enregistrant en acoustique

Orchestre enregistrant en acoustique

Ce procédé d’enregistrement a été abandonné dans les années 20 (1926 pour l’Argentine) au profit de l’enregistrement électrique. 

L’enregistrement électrique, le début du débat…

La première limite de l’enregistrement acoustique était que le mouvement du burin graveur et celui de l’aiguille de restitution ne pouvaient pas être suffisamment libres de mouvement et rapides pour rendre de façon satisfaisante la dynamique et les fréquences de la musique enregistrée.

Microphone à charbon

Microphone à charbon

L’invention du microphone permettait de transformer l’onde acoustique en signal électrique plus ou moins proportionnel à la fréquence et à la pression acoustique reçue.

Ce signal électrique était ensuite transmis au burin, après amplification.

Le traitement électrique et l’amplification ont permis d’améliorer sensiblement la qualité des enregistrements, mais au prix de choix. Par exemple, reproduire exactement les vibrations sur le sillon du disque aurait rendu la lecture impossible, l’aiguille aurait été éjectée du sillon.

On a donc appliqué une compensation, pour limiter les déplacements de l’aiguille. Cela impliquait pour la restitution de procéder à la compensation inverse pour rétablir le signal original.

Les différentes compagnies de disques ont adopté des courbes de compensation différentes. C’est-à-dire qu’un disque d’une compagnie ne peut pas être lu sur un lecteur d’une autre compagnie si celui-ci ne contient pas la courbe du concurrent.

Courbe RIAA

Courbe RIAA. On remarque que les basses fréquences sont très amplifiées et les hautes fréquences très diminuées.

Il a fallu attendre 1954 pour qu’une courbe unique soit adoptée. C’est la courbe RIAA.
Cela veut donc dire que pour les disques antérieurs à cette date, il faut disposer d’un préamplificateur permettant de reproduire les différentes compensations existantes.

Étudions la courbe RIAA dans l’image ci-contre : On s’aperçoit que les basses fréquences sont fortement amplifiées (20 dB) et les hautes fréquences fortement diminuées (20 dB). Ceci s’explique, car une aiguille dans un sillon peut reproduire des fréquences très élevées, alors que les sons graves la feraient sauter du sillon en lui imposant des mouvements trop amples.

Certaines compagnies avaient adopté pour leurs 78 tours (Shellac), des courbes de compensation proches de celle adoptée en 1954. C’est le cas par exemple d’Odéon (en partie). Ces disques pourraient donc être joués par des DJs actuels avec une platine disque ordinaire.

Aiguille Duotone en cactus, moins abrasive que celles en métal.

Aiguilles Duotone en cactus, moins abrasives que celles en métal.

L’autre problème des disques 78 tours est que ceux-ci sont très fragiles. La pointe de l’aiguille appuie sur le disque avec une pression de l’ordre de 100 g, ce qui rabote le sillon à chaque lecture. Un disque 78 tours n’était donc utilisable qu’une centaine de fois. Parfois un peu plus en utilisant une aiguille en cactus (ou bambou), moins abrasive.

La platine ELP LT Ultimate vaut plus de 15 000 euros et n'a un rapport signal sur bruit que de 55 db, soit la moitié du CD.

La platine ELP LT Ultimate vaut plus de 15 000 euros et n’a pourtant un rapport signal sur bruit que de 55 dB, soit la moitié du CD.

On utilise donc aujourd’hui des platines disques moins abrasives avec une tête de lecture moderne, légère, linéaire ou tangentielle, voire même une tête laser qui lit le sillon sans aucun contact et donc de façon totalement non-destructive pour le disque.


Secreto, Típica Victor, enregistrement par DJ BYC d’après un 78 tours (enregistrement du 5 octobre 1932)

Cela permet à des DJs de proposer des prestations avec des disques noirs (Shellac ou vinyle), mais comme à ma connaissance personne n’utilise de platine laser, ces utilisations sont obligatoirement destructives pour les disques. Quand on sait que la meilleure platine de ce type qui existe depuis la fin des années 80 ne propose un rapport signal bruit deux fois moindre que n’importe quel lecteur CD, on peut se demander l’intérêt d’utiliser des disques Shellac en direct. Mais qu’en est-il avec les 33 tours ?

L’apparition du Microsillon…

Avec l’utilisation du PVC (vinyle) à la place du disque laque (shellac), on pouvait obtenir des sillons plus étroits et donc augmenter le temps de lecture par face de disque sans en augmenter le diamètre. Le disque pouvait aussi tourner moins vite et ainsi durer plus longtemps (33 1/3 tours par minute au lieu de 78). On est passé ainsi de 5 minutes à une demi-heure par face de disque.

L’idée de disques ne comportant qu’un ou deux titres par face a été continuée avec le 45 tours, de diamètre plus petit, mais cela n’avait pas d’intérêt pour le tango et n’a donc pas été exploité pour cette musique.

Le gros problème du microsillon est qu’il est apparu seulement en 1946 et qu’il ne s’est généralisé que dans les années 50, c’est à dire après l’âge d’or du tango.

Cela signifie que la quasi-totalité de la musique de danse tango a été diffusée en 78 tours, avec des courbes de compensations différentes d’une compagnie à l’autre et des supports fragiles.

Lorsque les éditeurs ont souhaité continuer la diffusion de musique de tango, ils se sont aussi heurtés à la nouvelle mode de la stéréo. La stéréo consistait à enregistrer deux signaux différents dans le sillon afin de restituer un espace sonore. 

Les éditeurs de microsillons ont alors récupéré des disques 78 tours et leur ont fait subir différents traitements (courbe de compensation), compression du signal pour limiter la dynamique et diverses autres maltraitances allant de la coupe des notes finales (très fréquentes chez Biagi) au rajout d’une réverbération pour donner un « effet stéréo », les enregistrements d’origine étant tous mono.

Voici un exemple typique de Microsillon (vinyle 33 tours) remastérisé dans les années 60. 


Melodía porteña, Juan d’Arienzo. Cet enregistrement du 21 décembre 1937 qui était impeccable sur le disque 78 tours souffre ici d’une terrible réverbération sensée donner une impression de spatialisation que les acheteurs de l’époque pouvaient prendre pour de la stéréo…

Le microsillon n’est cependant pas un mauvais support et les enregistrements de qualité, effectués en stéréo par de bons ingénieurs du son donnent d’excellents résultats. Vous avez d’excellents exemples dans votre discothèque. Mais cette qualité est loin d’être valable pour les disques de tango qui sont quasiment tous médiocres en vinyles quand il s’agissait de rééditions de disques 78 tours. Les bons disques vinyle sont ceux qui ont été enregistrés directement pour ce format et ils sont donc quasiment tous postérieurs à âge d’or. Les efforts des éditeurs se portaient alors sur le rock qui était à la mode. Les rares disques de tango étaient plutôt du tango à écouter, comme les Piazzollas qui ont bercé mon enfance.

L’arrivée du CD

Dolby DBX 122 pour magnétophone à bandes

Mon Dolby DBX 122 pour magnétophone à bandes. 110 dB de dynamique. Un son superbe et un rapport signal/bruit meilleur que le CD, même en utilisant la vitesse d’enregistrement « lente » de 19cm/s).

Le microsillon était arrivé à un bon niveau de qualité, mais présentait encore quelques défauts, parmi lesquels, un rapport signal / bruit assez médiocre, de l’ordre de 50 dB, ce qui obligeait les éditeurs à diminuer la dynamique des enregistrements réalisés sur bande.

Dolby HX Pro sur mon lecteur de cassette. Là encore, le CD est loin derrière. Un son époustouflant, sans aucun souffle.

La cassette audio qui n’a jamais réussi à devenir un moyen d’édition en très gros volume présentait des caractéristiques souvent supérieures, offrant grâce au traitement Dolby un rapport signal sur bruit pouvant aller jusqu’à 90 dB et même bien plus avec le HX Pro.

L’enregistrement magnétique est alors devenu aussi numérique, par exemple avec les Minidisc. 

Mini disc - Le premier système d'enregistrement numérique grand public.

Mini disc – Le premier système d’enregistrement numérique grand public.

Mini disc - Le premier système d'enregistrement numérique grand public.

Mini disc – une heure de musique sur un petit disque magnétique.

 

 

 

 

 

Revenons au CD et à l’édition de musique de tango. L’arrivée du CD a relancé la distribution de musique. Sans doute par souci d’économie, les maisons de disques se sont ruées sur les vinyles plutôt que sur les originaux en Shellac. Les premiers CDs héritèrent donc des défauts des vinyles, notamment la réverbération, la dynamique réduite, le bruit de fond…

On repère ces enregistrements à l’indication AAD qui signifie que la prise de son était Analogique, que la mastérisation l’était aussi et que seul le support était Digital.

Les enregistrements contemporains sont tous en DDD, c’est-à-dire qu’ils utilisent une chaîne entièrement numérique.

Entre les deux, des CD ont été réédités, cette fois en essayant d’améliorer la qualité par une Digitalisation (numérisation) à partir de disques vinyle ou de Shellac de meilleure qualité. Ils sont donc généralement ADD.

Cependant pendant plus de 10 ans on a diffusé en milonga « El Flete » du 3 mars 1936 de d’Arienzo avec un artefact causé par un saut de la tête de lecture à 1’54 ». Tous les CD diffusés partaient de la même numérisation défectueuse. Personne n’avait pris la peine de repartir du disque Shellac qui ne présentait pas ce défaut, bien sûr.

La destruction des masters et la perte d’une bonne partie des bandes originales nous rend impossible d’avoir des enregistrements anciens dans une qualité parfaite. Les meilleurs enregistrements actuellement disponibles sont donc réalisés à partir des disques Shellac, mais il n’est pas évident d’en trouver qui soient suffisamment peu usagés pour quel le signal restant soit de haute qualité.

On entre dans une démarche de collectionneur. J’ai pour ma part commencé à numériser les Shellac sur K7, magnétophone à bande avec Dolby et sur Minidisc dans les années 90, grâce à ma merveilleuse et regrettée platine Thorens TD 124, avec un préamplificateur disposant de 9 courbes de compensation afin d’être compatible avec toutes les marques de disques.

Les défauts de l’enregistrement magnétique étaient de plusieurs ordres. L’hystérésis qui faisait que lors de changement rapides de polarisation, une certaine inertie des particules aimantées de la bande diminuait la qualité du signal. Tous les disques vinyle récents étant issus de bandes peuvent donc être entachés de ce défaut. En revanche, avec l’enregistrement sur MiniDisc et autres supports magnétiques, ce défaut disparaît, car les changements d’état sont binaires et par conséquent, une petite erreur n’a pas d’importance.

Le numérique fonctionne de la façon suivante. À un instant I, on mesure le signal sonore. Cela donne un état instantané. Une fraction de seconde pus tard, on refait la mesure et on obtient un nouvel état. Un enregistrement numérique se présente donc un peu comme un escalier, au lieu d’une courbe continue.

Conversion AD et DA

Conversion AD et DA

Le haut-parleur restitue ensuite un signal sous forme d’onde. Certains considèrent donc qu’il y a perte de passer d’un signal continu à un échantillonnage pour revenir à un signal continu.

Voir par exemple sur l’illustration ci-contre. La courbe sonore enregistrée par le microphone est numérisée par échantillonnage, puis l’amplificateur final retransforme ce son en courbe analogique pour la restitution par les haut-parleurs.

L’effet d’escalier visible sur cette illustration, puisque sur un CD, il y a 44 000 échantillonnages par seconde, ce qui permet de coder des fréquences pouvant atteindre 22 000 Hz, soit bien plus que ce que peut percevoir l’oreille humaine. 

J’utilise pour ma part, une numérisation à 48kHz, la même que pour les DVD, ce qui est encore meilleur.

Voici un exemple de fichier numérisé en 1987 sur un enregistreur numérique Sony PCM-F1.

Sony PCM-F1

Sony PCM-F1

 : 

Histoire de compression

Il existe plusieurs types de compression et je pense qu’il faut éclaircir ce point. Les disques vinyle sont soumis à un système de compression, c’est-à-dire que les écarts de niveaux sonores entre les fortissimos et les pianissimos sont atténués, car sinon les pianissimos seraient noyés dans le bruit de surface du disque. Les dernières notes de Biagi sont souvent victimes de ce phénomène, l’orchestre semble stopper sur la dominante, en suspens alors que dans l’enregistrement original, il revenait sur une tonique jouée au minimum du seuil audible, donc en dessous des possibilités techniques du vinyle. Les enregistrements magnétiques avec Dolby, les CD et les enregistrements numériques en général ne souffrent pas de cette limitation, mais comme trop souvent on est parti de vinyles, même des CD récents peuvent voir ces notes de fin éclipsées.

La compression des vinyles consiste donc à écrêter les fortissimos en les tassant afin de permettre d’enregistrer tout le disque plus fort que le volume réel. Les pianissimos seront à un volume conséquent et les fortissimos compressés. La dynamique de l’orchestre sera trahie. Cependant, ce défaut n’est pas forcément très grave en tango de danse. En effet, les pianissimos rendus possibles par l’enregistrement avec Dolby ou numérique risquent de provoquer des moments où la musique sera trop faible pour être perçue par les danseurs. Une musique compressée perdra donc de sa dynamique, mais cela peut être un avantage en offrant un niveau sonore relativement plus homogène. C’est moins intéressant d’un point de vue musical, mais plus confortable pour les danseurs. 

D’ailleurs, les boîtes de nuit utilisent souvent de forts taux de compression pour que la musique soit toujours le plus fort possible. Les ingénieurs du son font en général de même pour les orchestres live, même en tango. 

Ce qui a donné une mauvaise image à la compression est la compression destructive de formats de fichiers comme le mp3. Là, la compression n’est pas faite pour limiter la dynamique d’un morceau, mais sa taille. Un fichier de 3 minutes non compressé fait plus de 100 Mo, un mp3 fait en général moins de 7 Mo pour la même durée. Lorsque le morceau est restitué, il est décompressé, mais comme cette compression extrême s’est faite en supprimant des éléments du signal original, on ne peut pas retrouver la qualité originale.

Pour faire une analogie avec la photo, une image JPG très compressée présentera une perte dans les détails : 

La partie agrandie du "DO" d'Osvaldo" montre la détérioration de l'image causée par la compression jpg. La compression mp3 est comparable. La pureté du son est enveloppée de bruits parasites.

La partie agrandie du « DO » d’Osvaldo » montre la détérioration de l’image causée par la compression JPG. La compression mp3 est comparable. La pureté du son est enveloppée de bruits parasites.

 

 

 

 

 

 

L’écoute d’un fichier mp3 paraîtra moins pure à l’oreille qu’un fichier numérisé sans compression destructive (Wave, sans compression, FLAC ou ALAC avec compression non destructive).

Avec la taille des disques durs actuels, il n’y a aucun intérêt à utiliser du mp3… Bien sûr, les DJs, qui ont de la musique en mp3, ne peuvent pas se contenter de la convertir en HD. C’est pourtant une nouvelle mode. On va même jusqu’à vendre de la musique en FLAC qui est en fait une copie mp3 d’un CD, lui-même copie d’un vinyle tiré d’un disque Shellac… Chaque étape ayant dénaturé le signal, le résultat est en général pourri, surtout si on s’est « amusé » à appliquer un filtrage du bruit de fond qui est extrêmement destructif du son.

Les éditeurs de fichiers au format FLAC ont désormais tendance à vendre de la musique avec beaucoup de bruit de fond, pour montrer qu’ils sont bien repartis de disques noirs bien craquants. C’est une mode que je trouve débile. Le craquement d’un disque n’est pas un phénomène normal. On doit retrouver le son le plus pur possible.

Pour moi, en l’absence de master, la seule solution est de partir des rares disques en Shellac de bonne qualité, de les nettoyer de façon impeccable, puis de les numériser avec la bonne courbe de compensation et sans aucune compression.

Ensuite, pour ma part, je supprime les craquements, généralement au pinceau (numérique dans un logiciel de traitement du son), crac par crac. C’est un travail fastidieux et je comprends que les éditeurs s’en dispensent ou appliquent des traitements automatisés…

Je réduis ensuite le bruit de surface du disque. Pour cela, je garde toujours une amorce avant et après un morceau pour avoir le son du disque sans musique. Je prends alors l’empreinte de ce bruit et je la déduis du signal de la partie musique de l’enregistrement. Je n’applique pas ce traitement de façon uniforme, mais seulement sur certaines fréquences, celles où le bruit de fond est le plus gênant. Ainsi, je n’enlève que du bruit de fond et en plus, je ne détruis pas les harmoniques du son original. Ceci me permet de ne pas avoir le son de « tunnel » des enregistrements mal restaurés.

Alors la diffusion publique en milonga de vinyle, bien ou mal ?

Tout d’abord, le travail du DJ est de proposer la bonne musique au bon moment. Avec un ordinateur, c’est très facile, car on peut transporter sous un format réduit des milliers  de disques, ce qui est impossible en vinyle et encore plus en Shellac. Un DJ Vinyle a donc obligatoirement un stock réduit et se contente (comme souvent ceux qui travaillent sur CD à des tandas toutes faîtes). 

De plus, la lecture des disques noirs est destructive, donc, à chaque passage, le disque sera un petit peu moins bon que la fois précédente. C’est sans doute dommage de mutiler son patrimoine.

Je ne crois pas que qui que ce soit soit capable de faire la distinction entre un excellent vinyle (ce qui n’existe quasiment pas en tango) et sa numérisation en HD, surtout dans une milonga où la sono est rarement irréprochable. 

Pour ma part, je diffuse de l’ALAC à 48kHz. C’est à dire des fichiers avec un échantillonnage capable de passer du 24kHz, largement plus que ce que l’oreille humaine même jeune et entraînée peut percevoir. C’est mieux que la qualité CD qui est limitée à 44kHz. 

Avec les sonos de la quasi-totalité des salons de bal, il est impossible de faire la différence entre un Shellac en parfait état et son enregistrement numérique. Je pense même que ce dernier peut être supérieur si une remasterisation de qualité a été effectuée.

Donc, le vinyle en milonga, généralement moins bon que le Shellac, c’est juste un argument marketing. C’est au plus une solution de facilité pour les DJs qui n’ont pas de la musique HD et qui ne veulent pas s’enquiquiner avec la restauration. Leurs disques craquent bien souvent, des détails de la musique sont définitivement perdus par l’usure du sillon, mais cela donne un côté « authentique » à la diffusion qui plaît à certains danseurs.

Je me suis amusé pour ma part à enregistrer du bruit de disque que je peux passer sur les lecteurs 3 et 4 de mon logiciel pour faire une tanda à l’aspect « vieux disque qui craque » pour les cas où je rencontre des amoureux du craquement…

Cela ne veut pas dire que je ne diffuse jamais de musique dont la qualité n’est pas parfaite. Je n’ai pas toujours pu trouver un original en bon état, mais si je le passe, c’est que je pense que sa qualité musicale et surtout sa dansabilité vaut le coup de le diffuser. En général, j’annonce que l’état du disque est moyen, car j’en ai un peu honte.

Je ne me lancerai donc pas dans la diffusion de vinyles en milonga, par respect pour les danseurs. À la rigueur, je le ferai pour des Shellacs, mais le poids de ces disques rend l’opération déraisonnable et j’aurais trop peur de les endommager, ce qui m’empêcherait de les renumériser si un jour j’améliorais ma technique de mastérisation. Je suis actuellement à la version 7 de ma technique de numérisation, un processus pouvant entraîner plus de 300 opérations sur un titre.


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DJ Bernardo BYC

DJ de tango argentino

1 Comment

DJ Bernardo BYC

18 février 2018 at 11:39

Voir aussi : http://www.dj-byc.com/les-progres-de-lenregistrement/

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