Scratch vs bits, un faux débat ?

Scratch vs bits, un faux débat ?

Les techniques d’enregistrement et de restitution ont progressé, jusqu’à arriver à nos jours à une qualité très proche de celle d’un orchestre en vivo. Cependant, certains font preuve d’une nostalgie certaine en indiquant que les procédés anciens étaient meilleurs. Que peut-on en penser ?

Disque Shellac, vinyle, bande magnétique, CD, enregistrement numérique, mp3, flac…

Nous avons vu dans le premier article sur les enregistrements, l’historique et les technologies employées, des origines à l’âge d’or. La fin de l’âge d’or, coïncide, plus ou moins avec l’arrivée du microsillon et de la stéréophonie.La plus grande durée par face du microsillon en vinyle par rapport au Shellac (gomme-laque), sa plus grande résistance, son meilleur rapport signal/bruit, font que les maisons de disques se doivent d’adopter ce procédé inventé en 1946 par la Columbia Records.

La taille plus réduite du sillon et la finesse de la gravure permirent d’ajouter la sensation de volume pour la musique. C’est l’effet stéréoscopique qui permet de localiser l’origine de la source sonore. Pour bien faire valoir la nouveauté, les éditeurs ont un peu abusé du procédé et certains disques ont un espace sonore artificiel, très exagéré.

Plus grave pour les amateurs de tango, les principaux enregistrements datent d’avant cette technologie. Les éditeurs, ne reculant devant aucun sacrifice, décidèrent de rénover le vieux stock de disques de pâte (Shellac) en leur adjoignant un effet « stéréo » artificiel. Il s’agit de la réverbération, qui pour des oreilles alors peu habituées au stéréo pouvait donner un effet d’espace.

Bien sûr, la réverbération n’est pas mauvaise en soi. La plupart des enregistrements actuels et même les artistes en live l’utilisent. C’est son abus qui est véritablement dérangeant.

En ce qui concerne le débat sur la supériorité du vinyle par rapport aux formats numériques, en dehors du phénomène de mode (et les disques de 90 cm de diamètre…), il est, à mon avis clos. Un enregistrement numérique HD a un potentiel supérieur pour la dynamique (100 dB ou plus contre 50 à 60 dB), la plage sonore est bien plus vaste (potentiellement, de l’infrason à 20000 Hz, voire plus) et cela quelque soit la position du morceau sur le disque. Dans un disque 33 tours, les fichiers du centre ont moins d’aigus que ceux de l’extérieur car la vitesse radiale y est inférieure.
Un CD bien entretenu conserve ses qualités sonores plusieurs décennies. un vinyle régulièrement joué, même sur une platine avec une cellule de haute qualité verra progressivement, par abrasion mécanique, ses deux sillons (un par face) s’émousser, ce qui sera fatal aux hautes fréquences.

La cassette Philips et ses consoeurs

L’enregistrement magnétique, sur fil ou sur ruban s’est démocratisé grâce à Philips qui proposa un nouveau support, la cassette audio. Contrairement aux bandes de magnétophones, la manipulation en était très simplifiée, puisqu’il n’était plus besoin d’accrocher la bande à la bobine réceptrice, tout en lui faisant parcourir le chemin adéquat en face des différentes têtes (polarisation, enregistrement, lecture…) et galets.

La cartouche sur bande plus large et en théorie meilleure, n’a pas rencontré le même succès et dans l’univers du tango, la cassette a eu et a encore, ses lettres de noblesse.

À ce sujet, une anecdote intéressante est la croyance qu’un DJ d’origine argentine vivant en Italie, Felix Picherna bobinait ses cassettes avec un crayon pour les placer juste au point de départ du morceau…

L’explication est beaucoup plus simple et comme nous l’avons vu dans tandas de 5-4-3-2 ou 1, les DJs qui n’avaient qu’un seul lecteur rembobinaient la cassette de cortina au début et bobinaient jusqu’à la fin la cassette utilisée pour la tanda précédente pour qu’elle soit prête à être utilisée sur son autre face.

De nos jours, réapparaît le snobisme de la cassette qui serait supérieure en qualité audiophile aux enregistrements numériques. C’est bien sûr ridicule et même avec les meilleurs systèmes Dolby B ou C, le rapport signal bruit et la gamme de fréquence utilisable n’a rien à voir avec celle d’un bon CD.

Pour moi, un bon DJ doit être capable d’adapter la tanda en cours en fonction de l’actualité de la salle, la cassette est comme une playlist. Elle oblige à passer les morceaux dans l’ordre où ils sont enregistrés… Exit la cassette.

Et le CD fit son apparition…

  • « Le plus grand changement dans l’histoire de l’enregistrement sonore est le passage de l’analogique au numérique. » DJ BYC Bernardo 😉

L’enregistrement numérique permet d’enregistrer le signal sonore en le découpant en tranches. 44000 fois par seconde, le signal est étudié et transformé en signal binaire. Cet échantillonnage à 44000 Hertz a été adopté car il permettait de reproduire des sons jusqu’à 20000 hertz, c’est à dire à la limite supérieure des capacités des meilleures oreilles humaines. Pour en savoir plus sur le théorème de Nyquist-Shannon, base théorique des choix de la musique numérique

{\displaystyle e'_{n}=\cos \left({\frac {2\pi n(kf_{e}+f_{0})}{f_{e}}}+\varphi _{0}\right)=\cos \left(2\pi {\frac {nkf_{e}}{f_{e}}}+2\pi {\frac {nf_{0}}{f_{e}}}+\varphi _{0}\right)=\cos \left(2nk\pi +2\pi {\frac {nf_{0}}{f_{e}}}+\varphi _{0}\right)=\cos \left({\frac {2\pi nf_{0}}{f_{e}}}+\varphi _{0}\right)\,}

Comme avec l’apparition du microsillon, au début, les maisons de disques ont souvent poussé un peu trop loin le rendu des CD en exagérant les contrastes, la dynamique de la musique. Cela a fait la renommé de chefs d’orchestres énergiques dans la musique classique, mais il faut bien convenir que la qualité musicale de ces premiers CDs étaient souvent bien moindre que celle des 33 tours LP (microsillon). Aujourd’hui, ce serait plutôt le contraire, on va plutôt vers un abus de la compression (je parle de la compression du son, pas de celle du fichier). Les passages pianissimo sont renforcés, de façon à ce que le volume sonore soit toujours au-dessus d’un certain seuil. Ce n’est pas forcément un problème pour les milongas, un signal un peu plus présent peut permettre aux danseurs de mieux entendre les passages pianissimos , même si c’est au détriment de l’interprétation de l’orchestre.

On peut se retrancher derrière des arguments techniques, philosophiques ou ésotériques, mais aujourd’hui, un CD de qualité est toujours de meilleur qualité musicale que les meilleurs pressages en microsillon.

Cependant, dans le domaine du tango, on est parfois (souvent) soumis au régime de la double peine. Les CDs « remastérisent » des vinyles qui eux-mêmes étaient tirés de disques Shellac. Pour peu que l’ingénieur du son des années vinyles ait eu la main lourde sur la réverbération et que celui des années CD abuse des possibilités apportées par l’ordinateur, le résultat peut avoir bien peu à voir avec la sonorité des orchestres de l’âge d’or.

La quête de tout bon DJ est donc de trouver de la musique de qualité. Certains sites se sont spécialisés dans la vente de CD et/ou de musique en ligne et dans le meilleur des cas, ils repartent des disques originaux en 78 tours et pas des copies de copies. L’idéal serait de repartir des masters d’enregistrement, mais ils n’ont généralement pas été conservés, ce qui est bien dommage car l’on pourrait sinon avoir le son le plus fidèle possible des orchestres de l’époque.

La naissance du DJ de tango

L’arrivée du CD et du graveur de CD a permis l’avènement d’une nouvelle façon de gérer la musique. Contrairement à la cassette, le CD permet un accès direct à telle ou telle plage. Un peu comme le permettait le disque vinyle où l’on pouvait repérer l’intervalle entre les morceaux en examinant le sillon. Des lecteurs de CD furent conçus pour faciliter le travail, en permettant la programmation des titres à diffuser.

Quelques DJs, continuent d’employer cette technique. Pour moi, ces DJs qui ne préparent pas une playlist à l’avance et qui programment à l’instant les titres qu’ils vont diffuser méritent le respect.

Minidisc
  • À noter que le Minidisc a permis au premiers DJs perfectionnistes de numériser leurs disques noirs en qualité CD, tout en conservant l’accès aléatoire et souvent la programmation. Cependant, cet outil a été peu utilisé. Pour ma part, il m’a principalement servi à la numérisation.

Back to the past

Dans cette progressive histoire des techniques d’enregistrements et de restitution de la musique, il faut signaler un étrange retour en arrière, c’est à dire une baisse de la qualité possible.

Le CD et le Minidisc permettaient une qualité sonore excellente et un accès aléatoire. Cependant, un nouvel outil a fait son apparition, l’ordinateur et plus précisément, l’ordinateur portable.

Les données, étaient alors stockées sur des disques durs. Le problème, est que les premiers disques durs étaient bien maigres. En qualité CD, un disque dur aurait pu stocker seulement un ou deux titres.

L’arrivée de la compression avec perte des fichiers sonores a permis de diviser par 20 ou 30 la taille des fichiers. Le disque dur prenant en parallèle de l’embonpoint, ce dernier devenait un support utilisable pour un répertoire restreint de musique, ce qui convenait à de nombreux musicalisateurs.

De nos jours, rien n’est plus facile que de trouver de la musique de tango. On trouve des playlists complètes, des collections entières. Cette profusion a cependant un revers. La plupart de cette musique est dans un format très dégradé, type mp3.

Cette évolution a eu une influence très néfaste sur la qualité de la musique dans les milongas.

  1. N’importe qui disposant d’une playlist achetée ou fabriquée à l’avance peut se dire « DJ » alors que le terme devrait être réservé à ceux qui « jonglent » avec les titres / disques. Cette évolution a donné de nombreuses milongas insipides, la musique ne s’adaptant pas, et pour cause, à ce qui se passe dans la salle.
  2. La qualité sonore de la musique dans des formats de fichiers compressés est sensiblement moins bonne que celle des bons CDs. Les systèmes sonores de diffusion étant souvent eux aussi des maillons faibles, la différence n’est pas toujours sensible, mais pourtant, la différence de qualité est très perceptible lorsque les conditions de diffusion sont de haute qualité.
  3. Les techniques de traitement du signal se sont démocratisées et sous prétexte « d’améliorer » le son, de nombreux fichiers sont massacrés.
  4. Une évolution récente consiste à réaliser / récupérer, des playlists sur des systèmes de diffusion en streaming, type Spotify. La grande difficulté de cet exercice est que la musique de ce type de services n’est pas indexée pour un usage « DJ de tango ». Les tangos sont parfois indiqués sous le nom du chanteur, de l’orchestre et il y a de nombreuses erreurs et à moins de connaitre à fond le répertoire, il est facile de mélanger un Canaro des années 30 avec un de ceux des années 50, ce qui va beaucoup surprendre les danseurs.
  5. La différence de qualité des différents enregistrements fait que les danseurs sont soumis à des variations souvent désagréables, ne serait-ce que par les différences de niveau sonore. Ce problème est encore agravé lorsque le manipulateur a commis une erreur de goût en mélangeant des titres « incompatibles ».
Analogie entre la compression destructive d'un fichier .jpg (équivalent à mp3) à la compression non destructive du png (équivalent à Flac ou ALAC)
Analogie entre la compression destructive d’un fichier .jpg (équivalent à mp3) à la compression non destructive du png (équivalent à FLAC ou ALAC). Tous les éléments « extrapolés » par la réouverture du fichier compressé donnent cet aspect d’image fantôme. À l’écoute, un fichier mp3, surtout en basse « résolution » (128 mb/s) perdra ses détails et rajoutera des artefacts qui ne sont pas dans l’enregistrement d’origine. Un disque vinyle rajoute lui-aussi ses propres artefacts (scratchs, rumble de la platine, distorsion et courbe de réponse du préampli, « couleur » de la cellule, usure du diamant et du sillon…).

La voie de la rédemption

Attention à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. L’ordinateur, bien utilisé est un fantastique outil permettant une prestation de DJ sans aucune mesure avec ce qui se faisait avant. Pour cela, plusieurs pistes sont à explorer et dans l’idéal, à creuser très sérieusement:

  1. Récupérer de la musique de bonne qualité : Avec les tailles des disques durs actuels, notamment les SSD, il n’y a plus aucune justification à utiliser le mp3, fut-il en 320 kb/s. La musique doit être dans un format non dégradé. le FLAC sur PC ou l’ALAC sur Mac sont de bons candidats.
  2. Indexer sa musique de façon tatillonne : Un bon DJ doit pouvoir trouver un titre rapidement et assembler une tanda sans faute de goût. Il est donc indispensable d’avoir a minima le nom de l’orchestre et du/des chanteur(s), la date d’enregistrement (pas celle de pressage du CD…) et de bien vérifier que le style est bien indiqué. Rien de plus déstabilisant pour un danseur que de se voir confronté à une milonga ou une ranchera en pleine tanda de valse.
  3. Compléter l’indexation de base par des données de qualité : Avoir le nom des auteurs permet de remplir des listes de déclaration SACEM cohérentes, mais aussi de rester dans l’univers d’un compositeur ou d’un parolier. Avoir les paroles, noter une anecdote, le nom des principaux instrumentistes permet au DJ de donner une information au micro avant de lancer la tanda et a minima, de construire une tanda plus cohérente.
  4. Le DJ travaillant parfois dans l’urgence, il est bon d’avoir quelques tandas sous le coude, c’est à dire des titres qui sont déjà organisés de façon harmonieuse. J’ai pour ma part, une dizaine de tandas de ce type que j’utilise parfois pour les débuts et les fins de milongas. Cela permet de commencer de diffuser rapidement, par exemple, lorsque la salle n’était pas accessible avant (cours, absence de l’organisateur…). Les tandas de fin permettent de terminer rapidement la milonga quand un agent de sécurité vient vous voir pour vous indiquer qu’il coupera la lumière dans 10 minutes… Comme je commence et termine par une Cumparsita, ces tandas sont un peu plus complexes à assembler que les autres, car, curieusement, beaucoup d’orchestres ne gravèrent pas de Cumparsita compatibles avec le reste de leur production. Lorsque j’ai du temps, je n’utilise bien sûr pas ces « entrées et sorties en matière ».
  5. Ne pas hésiter à (se) surprendre : Si les danseurs doivent être en sécurité en ayant à disposition une musique leur permettant d’improviser en confiance, il est souvent ennuyeux d’entendre toujours la même tanda, dans le même ordre. Un brin de fantaisie, l’ajout d’un titre plus rare, mais très dansable, la diffusion du titre par un orchestre moins courant permet de réveiller l’intérêt et la créativité des danseurs. Quel doit être l’ennui de ces musicalisateurs qui disposent d’une playlist et qui n’ont d’autre choix que de la regarder défiler en espérant ne pas avoir à en changer l’ordonnancement sur la demande de l’organisateur qui demande à brûle-pourpoint tel ou tel orchestre ou pire, une animation de folklore… Certains utilisent la playlist pour être les premiers sur la piste et danser sur les titres qui les font vibrer, d’autres se divertissent des capacités multitâche des ordinateurs pour se livrer à des activités sans lien avec ce qui se passe dans la salle. Pour moi, le DJ est un animateur qui saura proposer le bon titre au bon moment, relançant ou modérant l’énergie de la piste, veillant à ce que tous prennent plaisir à danser en ne squattant pas un siège tout au long de la milonga.

Un petit mot sur la (ma) technique

Chaque DJ a sa manière particulière de travailler, ses outils, ses logiciels, son organisation. Il peut donc être intéressant de partager sa pratique pour enrichir la communauté. Je vous propose donc ici, quelques éléments que j’ai progressivement mis en oeuvre :

  • Un ordinateur : J’utilise depuis des années des MacBook. Les deux plus récents comportent des « disques durs » SSD de 2 To. Cela permet de gérer les fichiers lourds des formats sans perte. Petite astuce, éviter le modèle avec « Touch Bar » (et oui, j’ai succombé à la mode…), il est très rapide de faire une fausse manœuvre en laissant traîner un doigt sur la surface tactile. Pour la même raison, je désactive la pavé tactile et utilise une souris. On peut tout aussi bien utiliser un PC, le budget sera bien moins conséquent à performances égales. D’ailleurs j’utilise un PC pour le VJing (vidéo en direct).
  • Des fichiers « Lossless » (sans perte) : Une grande partie de ma discothèque est au format Apple ALAC. Ce format permet d’avoir une excellente qualité, tout en permettant l’indexation. Ses caractéristiques de compression non-destructives permettent de gagner de la place par rapport à un fichier au format WAV ou AIF, par exemple. Sur PC, le format FLAC présente les mêmes avantages. Abandonnez le format mp3, mais en partant de fichiers qualité CD. Rien ne sert de « gonfler » des mp3 pour les transformer en fichiers haute définition. La musique ne sera en rien améliorée. En revanche, si vous modifiez un fichier, mieux vaut alors l’enregistrer dans un format Lossless pour ne pas cumuler la dégradation de deux compressions destructives.
  • Normaliser sa musique : Il est désagréable d’avoir des intervalles entre morceaux trop grands ou trop courts. Pour ma part, j’ai 7/10 de seconde en début de morceau et 3 secondes en fin. Cela me permet d’avoir un intervalle constant de 3 secondes et 7 dixièmes. Si je juge que cet intervalle est trop long, je peux décider de lancer plus tôt le fichier suivant et a contrario, je peux mettre en pause pour augmenter la latence entre les morceaux. Les logiciels que j’utilise (Traktor, MIXXX, Ultramixer) permettent en outre de fondre deux morceaux, ce qui permet d’enchaîner des titres, par exemple lors des intermèdes de rock ou tropical (salsa / cumbia / cuarteto…).
  • De la musique au mieux de sa forme : Il ne sert à rien d’essayer d’améliorer un original complètement pourri. Il est toujours préférable de partir d’un original de haute qualité. Cependant, même dans ce cas, je retouche, j’harmonise les fichiers de façon à ce qu’ils soient le plus proches possibles de l’expérience d’un orchestre en live. J’utilise principalement le logiciel Adobe Audition pour ces traitements. Audacity est gratuit, mais les résultats sont médiocres, mieux vaut l’utiliser uniquement dans ses fonctions basiques, pour ajuster les amorces et le volume et sauvegarder dans un format lossless. La retouche sonore risque de donner un résultat pire que l’original…
  • Une carte son de qualité (DAC) : À un moment ou un autre, le signal numérique de l’ordinateur doit être transformé en signal analogique pour les haut-parleurs qui ne peuvent fonctionner que de façon analogique, en faisant vibrer l’air. Bien souvent, le DJ est tributaire de l’équipement mis à disposition. Cependant, dans tous les cas, il peut se raccorder via un DAC (convertisseur numérique vers analogique). J’ai toujours sur moi un adaptateur femelle mini-jack vers Jack 6,35 ou XLR pour me permettre de raccorder la carte son lorsque seul un mini-jack est accessible (ampli dans une armoire fermée à clef…). L’idéal reste cependant d’utiliser ses propres câbles permettant de raccorder le DAC à la console ou à l’ampli avec la meilleure qualité possible (les câbles en place sont souvent défectueux ou de qualité médiocre). Avoir une carte son externe permet la pré-écoute. Il est en effet impossible sur un ordinateur disposant d’un seul canal d’avoir un son différent dans le casque et dans la salle.
  • Privilégier le numérique : Lorsque cela est possible, il est intéressant de retarder le moment de la transition vers l’analogique, en profitant d’une console de mixage numérique. Il en existe de très compactes pour un budget de 500 à 2000 €. Elles présentent aussi l’avantage de pouvoir être pilotées à distance via un iPad, ce qui permet au DJ de faire ses réglages depuis la piste, y compris en temps réel. En effet, la balance initiale est effectuée généralement dans une salle vide et au fur et à mesure qu’elle se remplit de danseurs, sa sonorité change et il convient d’ajuster l’égalisation et le volume.
  • Une organisation sans faille : J’utilise iTunes pour classer la musique et la rechercher rapidement. C’est un des meilleurs logiciels pour le faire, même s’il ne manque pas de critiques à lui faire. J’utilise particulièrement le navigateur de colonne et les champs Genre / Auteurs / Artiste et pour affiner la recherche, la date, le bpm et l’énergie (valeur perso) et enfin, la durée du fichier. J’utilise le classement avec les étoiles pour définir la dansabilité. 5* pour les fichiers les plus dansables.
  • Être ou ne pas être sur le retour : Si on peut disposer d’un retour de qualité, il est moins nécessaire de vérifier la qualité depuis la piste, mais les retours sont rarement proposés aux DJs, même si on a pris le soin de l’indiquer sur la fiche technique… Attention à ne pas envoyer la voie de son micro dans le retour pour éviter des larsens
  • Faire équipe avec le régisseur / ingénieur du son : Il est important d’instaurer une relation de confiance avec le régisseur et les employés de la salle. Pour protéger leur équipement, ils mettent des limitateurs / compresseurs qui agissent parfois de façon violente et dénaturent le signal sonore. En leur montrant que l’on sait de quoi on parle et que l’on connait les bonnes procédures, on peut obtenir d’avoir plus de contrôle sur la restitution sonore, ce qui est bénéfique pour tout le monde et en tout premier lieu pour les danseurs qui bénéficieront d’une expérience auditive la meilleure possible.
Quelques exemples de DAC (RME – Babyface, Denon DA 300, Audient ID4). ceux qui ont un tout petit budget pourront se tourner vers un DAC d’entrée de gamme. Je conseille un modèle avec un petit bout de câble USB, moins fragiles que ceux qui se présentent sous forme de clef USB.

Pour aller plus loin :


El Tangón – una danza original, de figuras caprichosas

Connaissez-vous le Tangón ? / ¿Sabe usted el Tangón? / Do you know Tangón?
El Porteño, Tangón – Francisco Canaro – Roberto Maida – 01-09-1936

Cette danse a été créée pour faire de nouvelles figures si on en croit le « Tangón » chanté par Ada Falcón et Roberto Maida.
Voici le texte de la chanson qui décrit les raisons de la danse : El Tangón.

Este baile fue creado para las nuevas figuras, si uno cree el « Tangón » cantado por Ada Falcón y Roberto Maida.
He aquí el texto de la canción que describe las razones de esta danza: El Tangón.

This dance was created for having new figures, if one believes the « Tangón » sung by Ada Falcón and Roberto Maida.
Here is the text of the song that describes the reasons for this dance: El Tangón.

Tangón

Música: Francisco Canaro – Letra: Ivo Pelay

Me pidieron los muchachos una danza original,
me pidieron los muchachos una danza novedosa,
Se han cansado, con el mundo, de los bailes siempre iguales.
Nuevos tiempos, nuevos ritmos; gente nueva, nuevas cosas.

Me pidieron los muchachos una danza original,
de figuras caprichosas y cadencia nacional.
Y un danzón amilongado con un tango fue anudado,
para dar a los muchachos una danza original.

Así nació el tangón.
Tangón porteño,
con pretensiones
de ser señor y dueño.
Es roncador, cimbreador,
rezongón y en su cadencia
hay un aliento de
sensualidad.
De festín, de dolor.
De placer y de amor.

Con figuras caprichosas he buscado componer
un bailable que llegara a imponerse en los salones
Y el tangón nació a la vida como nacen las personas
sobre todo en este siglo de locuras y ambiciones.

Con figuras caprichosas he buscado componer
un bailable que pudieran los muchachos aprender.
Y enlazando melodías con cadencias y armonías,
un bailable caprichoso he buscado componer.

El Tangón, Tangón – Francisco Canaro – Roberto Maida – 08-20-1935

Il y a aussi d’autres versions de Tangón chantées par Ada Falcón (1935) ou Guillermo Coral (1956) et une autre version de El Porteño par le Quinteto Pirincho (1952).

También hay versiónes de Tangón cantadas por Ada Falcón (1935) o Guillermo Coral (1956)  y otra versión de El Porteño por el Quinteto Pirincho (1952).

There is also versions of Tangón sung by Ada Falcón (1935) or Guillermo Coral (1956) and another version of El Porteño by the Pirincho Quintet (1952).

El Porteño, Tangón – Francisco Canaro – Quinteto Pirincho – 08-10-1952

El Porteño – Tangón
Francisco Canaro (Pirincho) 08-10-1952

Le tangón dans le bal tango ? / ¿El tangón en la milonga? / The tangón in the milonga:

A priori NON / NO
Certains DJs passent des tangóns, souvent associés avec des candombes. Je n’encourage pas. Je fais connaître, justement pour sensibiliser à la différence…

Algunos DJs pasan tangóns, a menudo asociados con candombes. No me gusta. Hablo de tangón sólo para dar a conocer la diferencia…

Some DJs pass tangóns, often associated with candombes. I do not like. I’m talking about a tangóns just to make the difference…


La course au vinyle, engouement justifié, ou pas ?

De plus en plus souvent, on voit des DJs se tourner vers la diffusion de disques vinyle.  Quel est l’intérêt de cet engouement ? Le son est-il réellement meilleur ?

Un peu d’histoire

Enregistrement par Frances_Densmore d'un chef Blackfoot indien des montagnes, le 2 septembre 1916.

Enregistrement par Frances Densmore d’un chef Blackfoot indien des montagnes, le 2 septembre 1916.

Les premiers enregistrements étaient sur des cylindres ou des disques revêtus d’une couche de cire qui était gravée par un burin. Plus le son était fort et plus le burin gravait un sillon large. Par de simples procédés de moulage, on pouvait produire des supports reproduisant les déplacements du burin graveur.

La lecture s’effectuait à partir d’une aiguille parcourant le sillon et envoyant de façon purement mécanique le son au pavillon.

Ce système purement analogique serait aux yeux des puristes le plus exact dans la mesure où il reproduirait exactement l’onde sonore originale.

Bien sûr, cela est totalement faux, tout d’abord car le procédé de gravure ne produit pas un sillon parfait et la restitution ne peut suivre parfaitement le sillon original.


Don Juan (Mozos guapos) – Alfredo Eusebio Gobbi – Enregistrement depuis un disque acoustique de 1911.

Comme on peut en juger sur l’extrait sonore ci-dessus, on est très loin de la haute fidélité…

Il fallait de plus placer les musiciens en face du pavillon d’enregistrement et la façon de jouer devait être adaptée à l’enregistrement, avec un minimum de subtilités…

Orchestre enregistrant en acoustique

Orchestre enregistrant en acoustique

Ce procédé d’enregistrement a été abandonné dans les années 20 (1926 pour l’Argentine) au profit de l’enregistrement électrique. 

L’enregistrement électrique, le début du débat…

La première limite de l’enregistrement acoustique était que le mouvement du burin graveur et celui de l’aiguille de restitution ne pouvaient pas être suffisamment libres de mouvement et rapides pour rendre de façon satisfaisante la dynamique et les fréquences de la musique enregistrée.

Microphone à charbon

Microphone à charbon

L’invention du microphone permettait de transformer l’onde acoustique en signal électrique plus ou moins proportionnel à la fréquence et à la pression acoustique reçue.

Ce signal électrique était ensuite transmis au burin, après amplification.

Le traitement électrique et l’amplification ont permis d’améliorer sensiblement la qualité des enregistrements, mais au prix de choix. Par exemple, reproduire exactement les vibrations sur le sillon du disque aurait rendu la lecture impossible, l’aiguille aurait été éjectée du sillon.

On a donc appliqué une compensation, pour limiter les déplacements de l’aiguille. Cela impliquait pour la restitution de procéder à la compensation inverse pour rétablir le signal original.

Les différentes compagnies de disques ont adopté des courbes de compensation différentes. C’est-à-dire qu’un disque d’une compagnie ne peut pas être lu sur un lecteur d’une autre compagnie si celui-ci ne contient pas la courbe du concurrent.

Courbe RIAA

Courbe RIAA. On remarque que les basses fréquences sont très amplifiées et les hautes fréquences très diminuées.

Il a fallu attendre 1954 pour qu’une courbe unique soit adoptée. C’est la courbe RIAA.
Cela veut donc dire que pour les disques antérieurs à cette date, il faut disposer d’un préamplificateur permettant de reproduire les différentes compensations existantes.

Étudions la courbe RIAA dans l’image ci-contre : On s’aperçoit que les basses fréquences sont fortement amplifiées (20 dB) et les hautes fréquences fortement diminuées (20 dB). Ceci s’explique, car une aiguille dans un sillon peut reproduire des fréquences très élevées, alors que les sons graves la feraient sauter du sillon en lui imposant des mouvements trop amples.

Certaines compagnies avaient adopté pour leurs 78 tours (Shellac), des courbes de compensation proches de celle adoptée en 1954. C’est le cas par exemple d’Odéon (en partie). Ces disques pourraient donc être joués par des DJs actuels avec une platine disque ordinaire.

Aiguille Duotone en cactus, moins abrasive que celles en métal.

Aiguilles Duotone en cactus, moins abrasives que celles en métal.

L’autre problème des disques 78 tours est que ceux-ci sont très fragiles. La pointe de l’aiguille appuie sur le disque avec une pression de l’ordre de 100 g, ce qui rabote le sillon à chaque lecture. Un disque 78 tours n’était donc utilisable qu’une centaine de fois. Parfois un peu plus en utilisant une aiguille en cactus (ou bambou), moins abrasive.

La platine ELP LT Ultimate vaut plus de 15 000 euros et n'a un rapport signal sur bruit que de 55 db, soit la moitié du CD.

La platine ELP LT Ultimate vaut plus de 15 000 euros et n’a pourtant un rapport signal sur bruit que de 55 dB, soit la moitié du CD.

On utilise donc aujourd’hui des platines disques moins abrasives avec une tête de lecture moderne, légère, linéaire ou tangentielle, voire même une tête laser qui lit le sillon sans aucun contact et donc de façon totalement non-destructive pour le disque.


Secreto, Típica Victor, enregistrement par DJ BYC d’après un 78 tours (enregistrement du 5 octobre 1932)

Cela permet à des DJs de proposer des prestations avec des disques noirs (Shellac ou vinyle), mais comme à ma connaissance personne n’utilise de platine laser, ces utilisations sont obligatoirement destructives pour les disques. Quand on sait que la meilleure platine de ce type qui existe depuis la fin des années 80 ne propose un rapport signal bruit deux fois moindre que n’importe quel lecteur CD, on peut se demander l’intérêt d’utiliser des disques Shellac en direct. Mais qu’en est-il avec les 33 tours ?

L’apparition du Microsillon…

Avec l’utilisation du PVC (vinyle) à la place du disque laque (shellac), on pouvait obtenir des sillons plus étroits et donc augmenter le temps de lecture par face de disque sans en augmenter le diamètre. Le disque pouvait aussi tourner moins vite et ainsi durer plus longtemps (33 1/3 tours par minute au lieu de 78). On est passé ainsi de 5 minutes à une demi-heure par face de disque.

L’idée de disques ne comportant qu’un ou deux titres par face a été continuée avec le 45 tours, de diamètre plus petit, mais cela n’avait pas d’intérêt pour le tango et n’a donc pas été exploité pour cette musique.

Le gros problème du microsillon est qu’il est apparu seulement en 1946 et qu’il ne s’est généralisé que dans les années 50, c’est à dire après l’âge d’or du tango.

Cela signifie que la quasi-totalité de la musique de danse tango a été diffusée en 78 tours, avec des courbes de compensations différentes d’une compagnie à l’autre et des supports fragiles.

Lorsque les éditeurs ont souhaité continuer la diffusion de musique de tango, ils se sont aussi heurtés à la nouvelle mode de la stéréo. La stéréo consistait à enregistrer deux signaux différents dans le sillon afin de restituer un espace sonore. 

Les éditeurs de microsillons ont alors récupéré des disques 78 tours et leur ont fait subir différents traitements (courbe de compensation), compression du signal pour limiter la dynamique et diverses autres maltraitances allant de la coupe des notes finales (très fréquentes chez Biagi) au rajout d’une réverbération pour donner un « effet stéréo », les enregistrements d’origine étant tous mono.

Voici un exemple typique de Microsillon (vinyle 33 tours) remastérisé dans les années 60. 


Melodía porteña, Juan d’Arienzo. Cet enregistrement du 21 décembre 1937 qui était impeccable sur le disque 78 tours souffre ici d’une terrible réverbération sensée donner une impression de spatialisation que les acheteurs de l’époque pouvaient prendre pour de la stéréo…

Le microsillon n’est cependant pas un mauvais support et les enregistrements de qualité, effectués en stéréo par de bons ingénieurs du son donnent d’excellents résultats. Vous avez d’excellents exemples dans votre discothèque. Mais cette qualité est loin d’être valable pour les disques de tango qui sont quasiment tous médiocres en vinyles quand il s’agissait de rééditions de disques 78 tours. Les bons disques vinyle sont ceux qui ont été enregistrés directement pour ce format et ils sont donc quasiment tous postérieurs à âge d’or. Les efforts des éditeurs se portaient alors sur le rock qui était à la mode. Les rares disques de tango étaient plutôt du tango à écouter, comme les Piazzollas qui ont bercé mon enfance.

L’arrivée du CD

Dolby DBX 122 pour magnétophone à bandes

Mon Dolby DBX 122 pour magnétophone à bandes. 110 dB de dynamique. Un son superbe et un rapport signal/bruit meilleur que le CD, même en utilisant la vitesse d’enregistrement « lente » de 19cm/s).

Le microsillon était arrivé à un bon niveau de qualité, mais présentait encore quelques défauts, parmi lesquels, un rapport signal / bruit assez médiocre, de l’ordre de 50 dB, ce qui obligeait les éditeurs à diminuer la dynamique des enregistrements réalisés sur bande.

Dolby HX Pro sur mon lecteur de cassette. Là encore, le CD est loin derrière. Un son époustouflant, sans aucun souffle.

La cassette audio qui n’a jamais réussi à devenir un moyen d’édition en très gros volume présentait des caractéristiques souvent supérieures, offrant grâce au traitement Dolby un rapport signal sur bruit pouvant aller jusqu’à 90 dB et même bien plus avec le HX Pro.

L’enregistrement magnétique est alors devenu aussi numérique, par exemple avec les Minidisc. 

Mini disc - Le premier système d'enregistrement numérique grand public.

Mini disc – Le premier système d’enregistrement numérique grand public.

Mini disc - Le premier système d'enregistrement numérique grand public.

Mini disc – une heure de musique sur un petit disque magnétique.

 

 

 

 

 

Revenons au CD et à l’édition de musique de tango. L’arrivée du CD a relancé la distribution de musique. Sans doute par souci d’économie, les maisons de disques se sont ruées sur les vinyles plutôt que sur les originaux en Shellac. Les premiers CDs héritèrent donc des défauts des vinyles, notamment la réverbération, la dynamique réduite, le bruit de fond…

On repère ces enregistrements à l’indication AAD qui signifie que la prise de son était Analogique, que la mastérisation l’était aussi et que seul le support était Digital.

Les enregistrements contemporains sont tous en DDD, c’est-à-dire qu’ils utilisent une chaîne entièrement numérique.

Entre les deux, des CD ont été réédités, cette fois en essayant d’améliorer la qualité par une Digitalisation (numérisation) à partir de disques vinyle ou de Shellac de meilleure qualité. Ils sont donc généralement ADD.

Cependant pendant plus de 10 ans on a diffusé en milonga « El Flete » du 3 mars 1936 de d’Arienzo avec un artefact causé par un saut de la tête de lecture à 1’54 ». Tous les CD diffusés partaient de la même numérisation défectueuse. Personne n’avait pris la peine de repartir du disque Shellac qui ne présentait pas ce défaut, bien sûr.

La destruction des masters et la perte d’une bonne partie des bandes originales nous rend impossible d’avoir des enregistrements anciens dans une qualité parfaite. Les meilleurs enregistrements actuellement disponibles sont donc réalisés à partir des disques Shellac, mais il n’est pas évident d’en trouver qui soient suffisamment peu usagés pour quel le signal restant soit de haute qualité.

On entre dans une démarche de collectionneur. J’ai pour ma part commencé à numériser les Shellac sur K7, magnétophone à bande avec Dolby et sur Minidisc dans les années 90, grâce à ma merveilleuse et regrettée platine Thorens TD 124, avec un préamplificateur disposant de 9 courbes de compensation afin d’être compatible avec toutes les marques de disques.

Les défauts de l’enregistrement magnétique étaient de plusieurs ordres. L’hystérésis qui faisait que lors de changement rapides de polarisation, une certaine inertie des particules aimantées de la bande diminuait la qualité du signal. Tous les disques vinyle récents étant issus de bandes peuvent donc être entachés de ce défaut. En revanche, avec l’enregistrement sur MiniDisc et autres supports magnétiques, ce défaut disparaît, car les changements d’état sont binaires et par conséquent, une petite erreur n’a pas d’importance.

Le numérique fonctionne de la façon suivante. À un instant I, on mesure le signal sonore. Cela donne un état instantané. Une fraction de seconde pus tard, on refait la mesure et on obtient un nouvel état. Un enregistrement numérique se présente donc un peu comme un escalier, au lieu d’une courbe continue.

Conversion AD et DA

Conversion AD et DA

Le haut-parleur restitue ensuite un signal sous forme d’onde. Certains considèrent donc qu’il y a perte de passer d’un signal continu à un échantillonnage pour revenir à un signal continu.

Voir par exemple sur l’illustration ci-contre. La courbe sonore enregistrée par le microphone est numérisée par échantillonnage, puis l’amplificateur final retransforme ce son en courbe analogique pour la restitution par les haut-parleurs.

L’effet d’escalier visible sur cette illustration, puisque sur un CD, il y a 44 000 échantillonnages par seconde, ce qui permet de coder des fréquences pouvant atteindre 22 000 Hz, soit bien plus que ce que peut percevoir l’oreille humaine. 

J’utilise pour ma part, une numérisation à 48kHz, la même que pour les DVD, ce qui est encore meilleur.

Voici un exemple de fichier numérisé en 1987 sur un enregistreur numérique Sony PCM-F1.

Sony PCM-F1

Sony PCM-F1

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Histoire de compression

Il existe plusieurs types de compression et je pense qu’il faut éclaircir ce point. Les disques vinyle sont soumis à un système de compression, c’est-à-dire que les écarts de niveaux sonores entre les fortissimos et les pianissimos sont atténués, car sinon les pianissimos seraient noyés dans le bruit de surface du disque. Les dernières notes de Biagi sont souvent victimes de ce phénomène, l’orchestre semble stopper sur la dominante, en suspens alors que dans l’enregistrement original, il revenait sur une tonique jouée au minimum du seuil audible, donc en dessous des possibilités techniques du vinyle. Les enregistrements magnétiques avec Dolby, les CD et les enregistrements numériques en général ne souffrent pas de cette limitation, mais comme trop souvent on est parti de vinyles, même des CD récents peuvent voir ces notes de fin éclipsées.

La compression des vinyles consiste donc à écrêter les fortissimos en les tassant afin de permettre d’enregistrer tout le disque plus fort que le volume réel. Les pianissimos seront à un volume conséquent et les fortissimos compressés. La dynamique de l’orchestre sera trahie. Cependant, ce défaut n’est pas forcément très grave en tango de danse. En effet, les pianissimos rendus possibles par l’enregistrement avec Dolby ou numérique risquent de provoquer des moments où la musique sera trop faible pour être perçue par les danseurs. Une musique compressée perdra donc de sa dynamique, mais cela peut être un avantage en offrant un niveau sonore relativement plus homogène. C’est moins intéressant d’un point de vue musical, mais plus confortable pour les danseurs. 

D’ailleurs, les boîtes de nuit utilisent souvent de forts taux de compression pour que la musique soit toujours le plus fort possible. Les ingénieurs du son font en général de même pour les orchestres live, même en tango. 

Ce qui a donné une mauvaise image à la compression est la compression destructive de formats de fichiers comme le mp3. Là, la compression n’est pas faite pour limiter la dynamique d’un morceau, mais sa taille. Un fichier de 3 minutes non compressé fait plus de 100 Mo, un mp3 fait en général moins de 7 Mo pour la même durée. Lorsque le morceau est restitué, il est décompressé, mais comme cette compression extrême s’est faite en supprimant des éléments du signal original, on ne peut pas retrouver la qualité originale.

Pour faire une analogie avec la photo, une image JPG très compressée présentera une perte dans les détails : 

La partie agrandie du "DO" d'Osvaldo" montre la détérioration de l'image causée par la compression jpg. La compression mp3 est comparable. La pureté du son est enveloppée de bruits parasites.

La partie agrandie du « DO » d’Osvaldo » montre la détérioration de l’image causée par la compression JPG. La compression mp3 est comparable. La pureté du son est enveloppée de bruits parasites.

 

 

 

 

 

 

L’écoute d’un fichier mp3 paraîtra moins pure à l’oreille qu’un fichier numérisé sans compression destructive (Wave, sans compression, FLAC ou ALAC avec compression non destructive).

Avec la taille des disques durs actuels, il n’y a aucun intérêt à utiliser du mp3… Bien sûr, les DJs, qui ont de la musique en mp3, ne peuvent pas se contenter de la convertir en HD. C’est pourtant une nouvelle mode. On va même jusqu’à vendre de la musique en FLAC qui est en fait une copie mp3 d’un CD, lui-même copie d’un vinyle tiré d’un disque Shellac… Chaque étape ayant dénaturé le signal, le résultat est en général pourri, surtout si on s’est « amusé » à appliquer un filtrage du bruit de fond qui est extrêmement destructif du son.

Les éditeurs de fichiers au format FLAC ont désormais tendance à vendre de la musique avec beaucoup de bruit de fond, pour montrer qu’ils sont bien repartis de disques noirs bien craquants. C’est une mode que je trouve débile. Le craquement d’un disque n’est pas un phénomène normal. On doit retrouver le son le plus pur possible.

Pour moi, en l’absence de master, la seule solution est de partir des rares disques en Shellac de bonne qualité, de les nettoyer de façon impeccable, puis de les numériser avec la bonne courbe de compensation et sans aucune compression.

Ensuite, pour ma part, je supprime les craquements, généralement au pinceau (numérique dans un logiciel de traitement du son), crac par crac. C’est un travail fastidieux et je comprends que les éditeurs s’en dispensent ou appliquent des traitements automatisés…

Je réduis ensuite le bruit de surface du disque. Pour cela, je garde toujours une amorce avant et après un morceau pour avoir le son du disque sans musique. Je prends alors l’empreinte de ce bruit et je la déduis du signal de la partie musique de l’enregistrement. Je n’applique pas ce traitement de façon uniforme, mais seulement sur certaines fréquences, celles où le bruit de fond est le plus gênant. Ainsi, je n’enlève que du bruit de fond et en plus, je ne détruis pas les harmoniques du son original. Ceci me permet de ne pas avoir le son de « tunnel » des enregistrements mal restaurés.

Alors la diffusion publique en milonga de vinyle, bien ou mal ?

Tout d’abord, le travail du DJ est de proposer la bonne musique au bon moment. Avec un ordinateur, c’est très facile, car on peut transporter sous un format réduit des milliers  de disques, ce qui est impossible en vinyle et encore plus en Shellac. Un DJ Vinyle a donc obligatoirement un stock réduit et se contente (comme souvent ceux qui travaillent sur CD à des tandas toutes faîtes). 

De plus, la lecture des disques noirs est destructive, donc, à chaque passage, le disque sera un petit peu moins bon que la fois précédente. C’est sans doute dommage de mutiler son patrimoine.

Je ne crois pas que qui que ce soit soit capable de faire la distinction entre un excellent vinyle (ce qui n’existe quasiment pas en tango) et sa numérisation en HD, surtout dans une milonga où la sono est rarement irréprochable. 

Pour ma part, je diffuse de l’ALAC à 48kHz. C’est à dire des fichiers avec un échantillonnage capable de passer du 24kHz, largement plus que ce que l’oreille humaine même jeune et entraînée peut percevoir. C’est mieux que la qualité CD qui est limitée à 44kHz. 

Avec les sonos de la quasi-totalité des salons de bal, il est impossible de faire la différence entre un Shellac en parfait état et son enregistrement numérique. Je pense même que ce dernier peut être supérieur si une remasterisation de qualité a été effectuée.

Donc, le vinyle en milonga, généralement moins bon que le Shellac, c’est juste un argument marketing. C’est au plus une solution de facilité pour les DJs qui n’ont pas de la musique HD et qui ne veulent pas s’enquiquiner avec la restauration. Leurs disques craquent bien souvent, des détails de la musique sont définitivement perdus par l’usure du sillon, mais cela donne un côté « authentique » à la diffusion qui plaît à certains danseurs.

Je me suis amusé pour ma part à enregistrer du bruit de disque que je peux passer sur les lecteurs 3 et 4 de mon logiciel pour faire une tanda à l’aspect « vieux disque qui craque » pour les cas où je rencontre des amoureux du craquement…

Cela ne veut pas dire que je ne diffuse jamais de musique dont la qualité n’est pas parfaite. Je n’ai pas toujours pu trouver un original en bon état, mais si je le passe, c’est que je pense que sa qualité musicale et surtout sa dansabilité vaut le coup de le diffuser. En général, j’annonce que l’état du disque est moyen, car j’en ai un peu honte.

Je ne me lancerai donc pas dans la diffusion de vinyles en milonga, par respect pour les danseurs. À la rigueur, je le ferai pour des Shellacs, mais le poids de ces disques rend l’opération déraisonnable et j’aurais trop peur de les endommager, ce qui m’empêcherait de les renumériser si un jour j’améliorais ma technique de mastérisation. Je suis actuellement à la version 7 de ma technique de numérisation, un processus pouvant entraîner plus de 300 opérations sur un titre.


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